Bars cachés et speakeasies revisités : la France en compte désormais plus de 180, soit une hausse de 37 % en 2023 selon le cabinet CHD Expert. De Paris à Bordeaux, ces repaires secrets attirent une clientèle curieuse d’expériences hors norme. Ici, pas de néon criard, mais un mot de passe, une porte dérobée et souvent un cocktail qui claque. Envie d’une soirée vraiment inoubliable ? Suivez le guide, je pousse pour vous les portes (parfois littéralement) de ces lieux insolites.
Voyage express dans la Prohibition : pourquoi cache-t-on encore les verres ?
1920, États-Unis : le 18ᵉ amendement interdit l’alcool. Les speakeasies naissent alors dans des arrière-boutiques, des caves, voire des laveries automatiques. Un siècle plus tard, la prohibition est loin, mais le frisson du secret reste. D’un côté, le respect d’une tradition underground chère à Al Capone ; de l’autre, un marketing malin qui réveille notre âme d’aventurier. Résultat : une expérience immersive que même Netflix peine à égaler.
Petite touche française : la loi Évin (1991) encadre la publicité pour l’alcool. Certains propriétaires jouent de cette contrainte pour cultiver le mystère. Ajoutez la passion hexagonale pour l’artisanat et vous obtenez des cachettes où le mixologue est roi, parfois primé par la World’s 50 Best Bars.
Où dénicher un bar caché à Paris, Lyon ou Bordeaux ?
Vous n’avez pas le plan ? Pas grave, je l’ai.
Paris : trois entrées… ou sorties ?
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Moonshiner (Rue Sedaine, 11ᵉ)
Ouvrez la porte du Pizzéria Da Vittorio, traversez la chambre froide et vous voilà dans un décor 1920. Comptez 14 € le « Old Cuban », un must remué avec un rhum agricole AOC Martinique. -
Le Syndicat (Rue du Faubourg Saint-Denis, 10ᵉ)
Façade taguée façon squat. À l’intérieur, 100 % spiritueux français. En 2024, l’équipe a remporté la médaille d’argent du Concours Mondial du Cocktail de Berlin. -
Lavomatic (Rue René Boulanger, 10ᵉ)
Montez sur le troisième tambour d’une machine à laver, poussez, c’est ouvert ! Ne ratez pas la « Lessive de Gin » au sirop de thym.
Lyon : la capitale des bouchons se met au shaker
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L’Antiquaire (Rue Hippolyte Flandrin)
Façade sombre, volets tirés. À la carte, un « Sazerac au Cognac » qui rendrait jaloux Ernest Hemingway. Ouvert jusqu’à 3 h. -
L’Officine (Grand Hôtel-Dieu, 2ᵉ)
Accès discret par l’ancien dispensaire. Le décor Belle Époque tranche avec l’expérimentation moléculaire du bar manager, finaliste du Trophée Duval-Leroy 2024.
Bordeaux : plus que du vin, promis !
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Cancan (Rue du Cerf-Volant)
Sonnerie rétro, rideau épais. Ici, 70 références de cognac. La maison annonce 12 000 visiteurs en 2023, un record régional. -
Secret Garden (Cours de l’Intendance)
Derrière une boutique de fleurs, un patio végétalisé. Idéal pour un événement privatisé (jusqu’à 60 personnes) : pensez-y pour vos soirées team-building, coworking ou restaurant thématique sur le site.
Comment préparer sa soirée dans un speakeasy ?
Quête initiatique ou simple apéro ? Voici le mode d’emploi, façon FAQ.
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Trouver le mot de passe
Les comptes Instagram des établissements lâchent souvent un indice. Activez les notifications la veille. -
Arriver tôt
Capacité moyenne : 45 places selon l’Union des Métiers du Bar. Passé 22 h, on refuse du monde. -
Respecter le voisinage
Le secret n’excuse pas le tapage. À Paris, l’arrêté préfectoral d’août 2022 sanctionne jusqu’à 135 € d’amende en cas de nuisances sonores. -
Goûter aux créations maison
Les cocktails signature représentent 60 % des ventes. Oubliez le mojito classique, testez le « Clarified Milk Punch » ou le « Negroni fumé ». -
Poser des questions
Les mixologues adorent expliquer l’origine d’un bitter ou l’histoire d’un gin artisanal. Interaction garantie, même pour les shy people.
Entre mythe et marketing : cache-cache ou attrape-nigaud ?
D’un côté, le charme authentique du lieu dissimulé excite la curiosité. De l’autre, certains bars cachés surfent sur la tendance sans réelle valeur ajoutée : porte coulissante, déco random, prix stratosphériques. Selon la Fédération Française des Boissons, le ticket moyen grimpe de 18 % quand le mot « speakeasy » apparaît sur Google My Business. Moralité : soyez exigeant.
Mon conseil de journaliste : fiez-vous aux détails. Un vrai speakeasy soigne la bande-son (jazz, swing, hip-hop old-school), propose au moins un spiritueux de niche et respecte la température de service. Le reste n’est que poudre de perlimpinpin, comme dirait un certain Emmanuel M.
Je garde encore en mémoire l’odeur boisée du Moonshiner et le tintement discret des verres chez Secret Garden. Si l’envie vous pique de pousser d’autres portes, dites-le-moi : il reste des rooftops secrets, des galeries décalées et même des pop-up immersifs à explorer ensemble. À la prochaine tournée !
